Nous partons en milieu de matinée après avoir rangé l'annexe. Un voilier plus récent en polyester et plus grand part 1h avant nous. Il prend le même cap. Les deux premières heures la mer est plate sans vent car nous sommes sous le dévent de l'ile. On se croirait en méditérannée. je mets la traine à l'eau avec le leurre de René, espérant une belle prise.
La météo annonce 20kt de vent. Arrivés à la pointe NO de l'ile de Sao nicolao nous voyons clairement une barre blanche sur la mer. Tiens on dirait qu'il y a plus de 20 noeuds. Le voilier qui nous précède établit toute sa voilure. Bon c'est peut être juste un effet venturi qui se calme un peu plus loin. Nous voilà sur la barre. J'ai mis 2 ris dans la grand voile et le solent devant. On peut donc prendre entre 25 et 30 noeuds sans être surtoilés.
Très vite les déferlantes s'invitent à bord.Je passe de l'état grande chaleur en short et tshirt à l'état frais et trempé. La voile rangée et ferlée sur le pont se fait balayer par les déferlantes au rythme de 5 à 6 par minute! faut aller devant l'attacher plus sérieusement.La sirène s'y colle car elle ne veut pas prendre la barre dans ces conditions. Il faut qu'elle se cramponne pour ne pas se faire sortir du bateau par la puissance des vagues qui balayent le pont. Quand elle peut rentrer à l'intérieur les enfants sont aussi un peu mouillés. En fait de l'eau entre par les ventilations qui passent à travers le pont. Je lui indique de démonter les grilles et d'obstruer les conduits avec ce qu'elle trouve.
Nous avons une dizaine d'heure de navigation à faire dans ces conditions. Plus la journée avance plus le vent prend de l'intensité. Il y a légérement au sud de la route deux ilots et une ile déserte qui sert de camp de base à certains pêcheurs cap verdiens. Je voulais aller y chasser mais je me suis renseigné et il s'agit d'un site de reproduction du requin tigre. Cela a légèrement calmé mes envies! Nous naviguons actuellement au bon plein et projetter un mouillage sur l'ile de santa luzia permettrait d'être au petit largue donc d'embarquer moins de mer. On abat donc légèrement et nous gagnons immédiatement en confort.
Le voilier qui était devant nous a pris la même option et on se rapproche à grand pas. La barre est franchement dure ce qui indique que nous sommes surtoilés. j'attends d'être un peu abrité de la mer par le premier ilot pour mettre le troisième ris dans la grand voile. Nous rattrappons puis dépassons le bateau parti pourtant une heure avant nous avant l'ilot.
Approchant du second ilot nous sommes de nouveau surtoilés. Il faudrait permuter le solent avec une voile plus petite mais delphine ne se sent pas capable de le faire ni de tenir la barre. Il faut donc gérer les surventes avec ses départs au lof. La mer est trainée par le vent. Elle est blanche d'écume. Elle ressemble à la méditérannée lors des coups de tramontane. Il reste deux petites heures à tenir avant de gagner le mouillage salvateur. A mi chemin le solent explose. La laize du haut est désasemblée du reste de la voile et ne tient plus que par les nerfs de chute et de bordure.
Nous parvenons au mouillage ou 3 bateaux sont déjà présents. Il est venté mais que nous sommes content d'y jeter la pioche! L'ile est belle .Nous mettons un peu d'ordre sur le pont quand la canne de traine se rappelle à notre souvenir. Elle avait bien sifflé pendant la navigation mais je n'avais pu m'en occuper et j'avais calfeutré tout le monde à l'intérieur du bateau. Cela tire vraiment fort. René va être content. Mince le fil passe sous le bateau! Bon je m'équipe et file à l'eau pour désengager le fil et travailler le poisson. Je demande un fusil pour aller tuer le poisson pris mais je n'ai pas le temps de parvenir au leurre que le fil casse. C'est pourtant du 100 centième! Adieu leurre magique de René.....
Quand je reviens au bateau je trouve chloé en crise de stress. Elle avait très peur pour son papa à cause des requins. Je crois que je ne vais pas chasser dans ces eaux pourtant si réputées et aller le plus rapidement possible en mer caraïbe! Chloé est ravie de cette décision. Le bateau parti devant nous arrive au mouillage une heure après nous. Il n'avait laissé qu'un tout petit bout de génois fortement roulé.
Je passe ma soirée à réparer la voile et le lendemain nous décollons avec pas mal d'appréhension. La mer du canal de santa luzia est cahotique mais le vent moitié moins fort que la veille. Nous parviendrons à mindelo sans soucis en 5h. La cote nord de Sao Vincente est superbe. Grande falaises noires au pied desquelles on trouve des plagettes de sable blanc. La ville est grande et le front de mer coloré. Nous sommes vendredi soir. Les bureaux officiels sont fermés jusque lundi matin. Nous avons donc au moins un week end à passer ici, escale mythique des voiliers effectuant une traversée de l'atlantique.......